May Berthelot

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Comment j'ai décroché mon premier job dans la mode de seconde main

Sans pistons, sans réseau et sans mode d'emploi

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May Berthelot
juin 27, 2026
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J’ai toujours cru qu'au fil des années, on ne faisait que gagner en compétences en apprenant des autres, de nos erreurs et de nos victoires. Je me disais bêtement qu’on ne perdait rien et qu’on ne faisait que s’améliorer. Alors jamais je n'aurais imaginé qu'un jour, je regarderais celle que j'étais il y a 15 ans avec autant d'envie. Je me demande souvent ce qu'est devenu ce tempérament qui me définissait tant à l'époque et qui m'a pourtant menée là où je suis, notamment sur le plan professionnel.

Aujourd’hui, je m’efforce de récupérer progressivement cette “flamme”. Mais pour ce faire, j’ai réalisé qu’il fallait m’arrêter et fouiller dans le passé, au lieu de foncer maladroitement vers l’avenir. Alors voici le premier chapitre de mon histoire : comment j’ai décroché mon premier job dans la mode de seconde main.

À la fin des années 2000, en fac de droit, beaucoup savaient qu’ils finiraient dans le cabinet ou l’étude de leurs parents ou des amis de leurs parents. Beaucoup rêvaient de devenir avocats, juges, notaires, commissaires de police, mais pas moi. J’avais 16 ans et malgré un divorce houleux - c’est un euphémisme - mes parents s’étaient immédiatement mis d’accord pour m’y inscrire sans que je puisse dire quoi que ce soit. Aujourd’hui, je ne le regrette aucunement, mais moi, j’aurais bien aimé devenir professeure d’anglais. Bref, j’étais beaucoup trop jeune quand je suis entrée à l’université.

Mes premières années ont donc été marquées par ma violente rébellion face à toute autorité, ma nomination aux trophées de la fête à outrance et du séchage de cours extrême. Une insouciance très insolente. Pour autant cette insolence s’est affirmée à travers une autre forme de rébellion, celle d’acquérir une petite forme d’indépendance, de gagner mes premiers sous et de m’acheter mes propres choses.

Elle a commencé par l’abandon des bancs de la fac après avoir validé ma première année. Avec une soif de liberté, j’ai déposé mon CV (vide) à la boutique Louis Vuitton Montaigne et j’y ai effectué mon premier stage. J’ai adoré cette découverte et j’ai souvenir d’une cliente qui était venue faire authentifier un sac, cela avait éveillé mon intérêt. Ensuite, j’ai passé plusieurs mois dans diverses boutiques d’une marque de prêt-à-porter haut de gamme, comme vendeuse. Avec du recul, c’est grâce à cette expérience particulièrement désagréable et ingrate payée 6,88€ de l’heure que je suis retournée à l’université à la rentrée suivante.

J’y ai réfléchi mais je ne sais plus trop comment j’ai découvert les premières plateformes digitales de seconde main. En tout cas, c’était vers 2008 et j’ai rapidement été fascinée par la possibilité de dénicher des pièces de mode au meilleur prix, parfois vintage et rares. Je me rappelle me dire que je pourrais acquérir des choses que je n’avais pas les moyens de payer neuves, réaliser que je pourrais même en revendre certaines plus chères, apprendre à en rénover d’autres…

Au fil des années, je me souviens avoir été dans un état d’excitation terrible et de dire à ma mère “Mamaaan, c’est incroyable les plateformes de seconde main, y a plein de trucs de mode pas chers: je veux travailler là-dedans, c’est ça que je veux faire, c’est l’avenir je te jure !”.

Ce qui est fabuleux, c’est qu’elle a tout de suite cru en moi et m’a donné un petit pécule pour commencer mon “business”. Tant que je restais à la fac de droit et que je validais mes années (deux semaines à bûcher comme une dingue juste avant mes partiels pour valider ric rac), tout allait bien.

Lost in Translation

À partir de 2010, je séchais les cours magistraux pour foncer aux ventes aux enchères de l’hôtel Drouot avec ma copine Myriam (82 ans à l’époque) et ses autres amies retraitées. Toujours au premier rang, je pense souvent à elle avec le cœur serré et je nous revois bras dessus bras dessous sur le boulevard Poissonnière lorsqu’il faisait beau. Je sens à nouveau son parfum poudré et je revois son regard bienveillant derrière ses grosses paupières fardées. Je l’entends encore m’apprendre à enchérir, m’expliquer ce qui valait le coup ou non, ce qu’il fallait revendre et à quel prix acheter. En complément, je chinais jour et nuit sur eBay et leboncoin des pièces que je pourrais acheter, rénover et revendre. J’étais prise d’une passion frénétique, je faisais des recherches, je testais, j’apprenais, je me trompais: c’était merveilleux. J’étais avant tout, déterminée. Et surtout, j’avais compris deux problématiques majeures dans la mode de seconde main: l’état des produits et le risque de contrefaçons.

Aujourd’hui, je peux ruminer pendant des jours, des semaines, des mois sur la viabilité d’un projet et je perds un temps fou - et précieux. Quand je replonge dans mon passé, j’étais beaucoup plus spontanée et je ne ruminais pas vraiment, alors je faisais, sans trop me poser de questions. Je n’étais pas sûre de réussir MAIS je savais ce que je voulais faire et je faisais tout pour y arriver.

Alors, comment cette passion pourrait-elle devenir un vrai métier ? Pourrais-je combiner mes études de droit et cette activité passionnante ?

À cette époque, la seconde main n’avait strictement rien de glamour, alors la mode et le luxe de seconde main, je ne vous en parle même pas. Celles qui achetaient en seconde main le cachaient car ne pas acheter neuf, c’était la honte ! C’était une minorité maligne de connaisseuses qui savaient se diriger vers cette alternative. C’était le début des iPhones. Facebook, Instagram et TikTok ne verraient le jour que des années plus tard et ChatGPT relevait encore de la science-fiction.

Problème : personne autour de moi ne travaillait dans ce secteur. Je n’avais strictement aucun réseau. Et honnêtement, je ne savais même pas quel métier exact j’allais faire, puisqu’il n’existait même pas alors…

Au fil de la vie et des opportunités, j’ai, sans m’en rendre compte, monté un plan pour arriver à mes fins et 12 ans plus tard, j’ai fini directrice de la lutte anti-contrefaçon de la plus grande plateforme de seconde main d’Europe.

Parce que ce plan peut être reproduit dans bien d’autres situations professionnelles et parce que je cherche actuellement à y puiser de l’inspiration, voici tout ce que j’ai mis en place à cette époque pour atteindre mon objectif. Préparez-vous, j’ai même retrouvé ma lettre de motivation de 2012. Spoiler alert, la réaction de mon mari à la lecture de celle-ci: “Dis donc, t’étais déjà sacrément précise et déterminée à 21 ans”.

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